L’échelle d’inférences de Chris ARGYRIS, ou l’art de réaliser son propre film !!
Une bonne méthode pour réaliser son film !!
Comme il est désagréable de se rendre compte que nous sommes de véritables réalisateurs de films imaginaires pour interpréter le réel.
Avouons-le, nous faisons régulièrement des interprétations complètement erronées, nous faisant régulièrement prendre de mauvaises décisions.
Digne d’un mauvais film d’anticipation, nous avons la capacité d’imaginer que notre partenaire nous ment, que des collègues nous détestent, qu’un prospect ne répondras jamais à notre offre commerciale, etc..
Nous donnons de la valeur à ces mauvais films qui ne sont fondés sur aucun fait objectif.
L’échelle d’inférence d’ARGYRIS ou comment construire son malheur avec certitude !!
Nous détaillerons cet outil pour prendre conscience des inférences et des sélections implicites.

La source de l’échelle d’inférence d’ARGYRIS :
Chris Argyris (né le 16 juillet 1923 à Newark et mort le 16 novembre 2013), est un universitaire et chercheur en sciences sociales américain, théoricien des organisations.
Il a été professeur à l’université Harvard après avoir enseigné pendant vingt ans à université Yale où une chaire porte maintenant son nom. Il est connu pour ses théories de l’apprentissage et ses apports à la théorie de la connaissance tacite.
L’échelle d’inférence est un modèle développé par Chris Argyris, psychologue et professeur à Harvard, pour comprendre comment nous passons de l’observation de faits à des conclusions et des actions. Ce modèle, souvent associé à Peter Senge, met en lumière les processus mentaux qui influencent nos décisions.
L’échelle d’inférence de Chris d’Argyris, qu’est-ce que c’est ?
Inférer, tirer nos propres conclusions et créer des films mentaux, tel est régulièrement notre quotidien. Certains fournissent tellement d’efforts pour cela, qu’ils créent d’authentiques drames cinématographiques.
L’échelle d’inférence d’ARGYRIS nous explique comment à partir d’une situation, d’un événement réel, nous procédons à une série de processus mentaux pour aboutir à une conclusion hâtive, et ainsi construire, fonder et renforcer les croyances que nous avons sur cet événement. A partir de ces croyances, nous prendrons des décisions que nous transformerons en action (comportements).
En montant l’échelle, nous transformons les données objectives et observables en des opinions subjectives et conclusions basées sur des interprétations et des hypothèses. Les croyances sont alors adoptées comme étant la réalité et la vérité, fondées sur les expériences passées.


Pourquoi utiliser cette échelle d’inférence ?
Cet outil décrit le processus décrit succinctement ci-dessous, mais il permet également de faire un diagnostic sur le niveau probable d’erreurs inférentielles, mais également d’intervenir pour ne pas demeurer dans une situation interpersonnelle bloquée.
L’échelle d’inférence d’ARGYRIS nous permet de mettre à jour les mécanismes sous-jacents des raisonnements, des croyances et des mécanismes de prise de décision. Elle permet d’améliorer notre communication avec les autres grâce à l’ouverture et à la réflexion.
Nous pouvons alors :
- Comprendre que nos croyances influencent grandement les données choisies parmi celles observées dont découlent nos décisions et nos comportements ;
- Prendre conscience du mécanisme d’abstraction mis en œuvre ;
- Rendre explicite le processus de pensée qui peut limiter nos choix d’options ;
- Apprendre également comment les autres arrivent à leur propre point de vue.
Comment utiliser l’échelle d’inférence ?
L’échelle d’inférence d’ARGYRIS est constituée de 6 barreaux que chacun d’entre nous gravissons assez rapidement.
Regardons cela ensemble étape par étape, échelon par échelon.
Niveau 1 : La situation réelle, la réalité observable, les faits.
Niveau 2 : La sélection des données et des informations. Parfois, nous supprimons certaines informations parce qu’elles ne correspondent pas à notre vision particulière des choses et des événements. Nous ne considérons donc pas toutes les informations avant de prendre une décision, des biais cognitifs sont alors également de la partie.
Niveau 3 : Les hypothèses, suppositions et interprétations que nous ajoutons viennent étayer les faits que nous pensons évidents, indiscutables parce que vrais et objectifs (c’est à ce niveau-ci que l’on commence à élaborer du sens !).
Niveau 4 : Les conclusions que nous en tirons quant au sens profond de la situation, lesquelles seront d’autant plus entérinées que les facteurs (comportements identifiés comme signifiants par le protagoniste) se répètent.
Niveau 5 : Les croyances. La répétition des facteurs observés aidant, elle vient construire, fonder et renforcer les croyances que nous avons sur la situation, sur nous-même, sur les autres, sur la nature des relations que nous entretenons avec les autres, et, in fine, sur le monde en général. A partir de ces / ses croyances, nous prendrons des décisions que nous transformerons en actions.
Autrement dit, cette échelle met en lumière les conclusions que nous tirons sur la base de ce que nous observons et les comportements que nous adoptons, fondés sur des croyances que nos inférences viennent établir comme raisonnables, raisonnées et factuellement authentiques.
Niveau 6 : L’action et comportements que nous décidons de mettre en œuvre et adoptons à l’avenir dans nos relations.
Mais….. ce n’est pas tout….
Les boucles récursives….
Faire des hypothèses et des inférences ne constitue pas systématiquement un problème.
Toutefois, la plupart du temps, les interprétations faites du réel observé conduit à des jugements déplacés et inexacts.
Or il y a un effet de renforcement. Une boucle récursive de confirmation négative, entre le niveau des croyances et celui des données sélectionnées.
Ici le phénomène de la sélection perceptuelle de Postman, Bruner et McGinnies va jouer à plein, notamment au travers du troisième mécanisme de la résonance de confirmation (l’observateur retient ce qu’il connait déjà et ce qui va confirmer les hypothèses qui renforcent les idées qu’il a déjà de la question). Les croyances vont renforcer les choix que nous faisons quant aux données que nous retiendrons et qui sont propres à l’évènement.
D’ailleurs, on finit par ne plus se souvenir précisément des données et des faits qui nous ont amenés à établir nos propres croyances. Elles acquièrent progressivement le statut de vérité inaltérable. Ce qui renforce le fait que les informations qui pourraient invalider la signification et les croyances établies soient inconsciemment évacuées du réel observé.
Par ailleurs, une seconde boucle récursive de renforcement va opérer entre le niveau de l’action et de l’évènement lui-même. Dès lors qu’un évènement va ressembler à un précèdent, nous allons très rapidement tirer les mêmes conclusions et agir de la même manière, en effectuant un raccourci, en vue d’être efficace mais qui n’est qu’un processus répétitif mis en place lors d’une situation précédente, donc loin d’être a priori pertinent.
La démarche proposée par l’outil pour s’en sortir par le haut :
Rembobiner le film !!
L’enjeu pour chacun est de redescendre autant que possible à la situation observable en évitant de recharger dans notre » mémoire vive » les conclusions passées que nous avons tirées lors de situations qui ressemblaient à celle que nous sommes en train de vivre. Le retour au réel observé et la mise à plat du vécu interne est le plus court chemin pour éviter les malentendus si fréquents dans notre quotidien.
Les attitudes que nous pouvons adopter :
- Prendre son temps, réfléchir et faire preuve d’ouverture : prendre conscience de ses propres pensées, croyances et raisonnements et de ceux des autres personnes impliquées permet d’identifier les similitudes et les différences des interprétations respectives.
- Questionner nos interprétations, hypothèses, suppositions et conclusions.
- Faire part de son point de vue et argumenter de manière positive : partager son contexte et le raisonnement derrière les idées, et pas uniquement les idées.
S’astreindre à chercher dans le réel observable, les informations, les données qui vont venir infirmées nos conclusions et suppositions erronées. A partir d’une affirmation générale, rechercher les faits originels, des éléments de contexte ou des exemples. - Être prêt à avoir tort : d’autres hypothèses et conclusions sont du domaine du possible.
Accompagnez, expérimentez, clarifiez vos enjeux, votre posture.
D'autres outils sont à votre disposition ici !!
A votre écoute…

